Il y a trois mois, j’ai ouvert mon application Wealthsimple pour voir que j’avais les mêmes chiffres qu’à une date antérieure.
Mon premier réflexe n’a pas été la sérénité zen du sage bouddhiste. Mon premier réflexe a été de me demander si j’avais fait de quoi de pas correct.
Spoiler : Même avec quelques mauvaises décisions, je n’avais pas fait quelque chose de mal. J’avais juste oublié une des vérités les plus plates, mais les plus importantes de l’investissement à long terme.
Le piège du fil d’actualité qui bouge tout le temps
On vit dans un monde où chaque scroll sur les médias sociaux nous montre quelqu’un qui vient de faire 15% en un mois. Cela peut être une capture d’écran d’un gain, un graphique qui pointe vers le haut à 45 degrés. Ça crée une distorsion complètement malsaine de c’est quoi, « normal. » J’en fais les frais à chaque jour et c’est très tentant.
La vérité vraiment pas sexy à entendre : la majorité de la croissance d’un portefeuille bien diversifié, genre un FNB tout-en-un, se passe pas en ligne droite. Ça avance, ça stagne, ça recule un peu, ça stagne encore. Et tu verras qu’à un moment donné, ça repart.
Le problème, c’est que notre cerveau n’est pas programmé pour apprécier ça. On est programmés pour le mouvement, la dopamine, la preuve immédiate que « ça marche. » Une ligne plate sur un graphique, ça donne pas ce feeling-là. Ça donne l’impression que rien se passe.
Sauf que « rien se passe » et « rien se construit, » c’est deux affaires bien différentes.
L’analogie du musicien (parce que oui, je suis encore pour ça)
Quand je pratiquais mes premiers accords à la guitare il y a 20 ans (et oui ça remonte), il y avait des semaines complètes où j’avais l’impression de sonner exactement pareil qu’avant. Aucune amélioration perceptible. Mes doigts trébuchaient encore au même endroit. Avec trois accords, je jouais une dizaine de chansons.
Puis un jour, sans avertissement, ça débloquait. J’arrivais à faire un nouvel accord de guitare, cette nouvelle marche qui me permettait d’apprendre des dizaines et dizaines de nouvelles musique. Et tout cela, ce n’était parce qu’il s’était passé de quoi de magique cette journée-là précisément, mais parce que les séances redondantes d’avant avaient fait leur travail en arrière-scène.
Et vous savez quoi? L’argent, c’est pareil. Les intérêts composés travaillent tout le temps, même quand ton solde a l’air figé. C’est juste que l’effet devient visible seulement après un certain seuil. Et ce seuil-là, tu ne le vois jamais venir sur le coup.
Pourquoi regarder ton compte 3 fois par jour te nuit?
Je vais être honnête : j’ai attrapé cette habitude-là. C’est devenu un automatisme. Je voulais toujours savoir le rendu de mes placements, de mes actions.
Cela ne donne rien, à part du stress gratuit. Et même pire : cela peut mener à des décisions impulsives : vendre par frustration, changer de stratégie sur un coup de tête, chercher le « prochain move magique » qui va relancer les chiffres plus vite. Et j’en sais quelque chose, j’ai déjà appliqué toutes ces situations.
Sache que si ton horizon est de 10, 15, 20 ans, ce qui se passe cette semaine a essentiellement aucune importance. Ce qui compte, c’est ce que tu fais pendant les périodes plates.
Le vrai test, ce n’est pas dans la montée
N’importe qui reste motivé quand son portefeuille monte. C’est facile, ça donne le goût de cotiser encore plus.
Le vrai test de ta discipline financière, c’est ce que tu fais quand rien de excitant se passe. Est-ce que tu continues à cotiser à ton CELI ou ton REER sur le pilote automatique? Est-ce que tu gardes ton plan, même si personne va faire un post Instagram là-dessus?
C’est justement dans ces moments-là plates, invisibles, sans applaudissements, que se construit la vraie liberté financière à long terme.
Ce qui a fonctionné pour moi
Voici concrètement ce qui m’a aidé à traverser cette période sans perdre patience :
- Automatiser les cotisations le plus possible. Quand l’argent rentre tout seul, la motivation du moment devient pas nécessaire.
- Limiter la vision de mon portefeuille. Ce n’est pas facile vu que je fais du contenu à longueur de journée mais cela m’aide grandement.
- Me rappeler mon horizon. Un portefeuille qui stagne à 3 mois, dans un plan de 20 ans, c’est même pas un point sur le graphique.
- Arrêter de me comparer. Le monde qui montre ses gains en ligne montre rarement ses pertes.
En conclusion
La stagnation, ce n’est pas un mur. C’est un plateau. Mais il faut rester dessus assez longtemps pour voir la suite.
La prochaine fois que ton compte n’a pas bougé depuis des semaines, rappelle-toi : ce n’est pas un signal que ça ne marche pas. C’est peut-être juste le silence avant la note suivante.